Traduction en français d'articles de/pour SOTT.

Bastian

Jedi Council Member
Bonjour.

Voici le début de la traduction d'un article fraîchement paru sur SOTT en anglais (je la finirai bientôt) :
Here is the beginning of a translation of a recently published article on SOTT in English (I'll finish it soon) :
https://www.sott.net/article/372402-Colliding-with-reality-What-depth-psychology-tells-us-about-victimhood

Code:
<div class="article-body">
Quand Carl G. Jung était un écolier de 12 ans, il fut poussé à terre par un autre enfant, sa tête heurta le sol, et il perdit presque conscience. Instantanément, il comprit les opportunités créées par cette attaque.
<blockquote>
 Au moment où j'ai senti le choc, cette pensée traversa mon esprit : « Maintenant tu n'auras plus à aller à l'école. » J'étais seulement à demi inconscient, mais je suis resté couché au sol plus longtemps qu'il n'était strictement nécessaire, surtout pour me venger de mon assaillant...
</blockquote>
À partir de ce moment, Jung commença à avoir des évanouissements à chaque fois qu'il retournait en classe ou tentait de faire ses devoirs. Pendant six mois, il n'alla pas à l'école. Ses parents inquiets consultèrent des médecins, et l'envoyèrent au loin en convalescence. Jung a décrit cette période comme un « pique-nique ». Cependant, derrière ses évanouissements, il sentait que quelque chose clochait. 
<blockquote>
	J'ai gaspillé mon temps à flemmarder, collectionner, lire et jouer. Mais je ne m'en sentais pas plus heureux ; j'avais l'obscur <strong>sentiment que je me fuyais moi-même.</strong> 
</blockquote>
 Finalement, Jung oublia comment son infirmité était advenue. Son statut d'invalide était pris pour acquis, et il ne le questionnait pas ni ne s'inquiétait d'un remède, jusqu'à ce qu'il surprit une conversation qui réveilla son attention.
<blockquote>
 Alors un jour un ami rendit visite à mon père. Ils étaient assis dans le jardin, et je me cachai derrière un buisson, car j'étais pris d'une insatiable curiosité. J'entendis le visiteur dire à mon père, « Et comment va ton fils ? » « Ah, c'est une triste histoire, » réplica mon père. « Les médecins ne savent plus ce qui ne va pas en avec lui. Ils pensent que ce pourrait être de l'épilepsie. Ce serait affreux si c'était incurable. J'ai perdu le peu que j'avais, et qu'adviendra-t-il de ce garçon s'il ne peut gagner sa vie ? » 



Je fus foudrouyé. <strong>C'était la collision avec la réalité.</strong>



« Quoi, mais alors, je dois travailler ! » pensais-je soudainement.



De ce moment, Jung devint un « enfant sérieux. » Il alla droit à l'étude de son père et commença à travailler intensément sur sa grammaire latine.



Après dix minutes ainsi, j'ai eu un évanouissement de premier choix. Je suis quasiment tombé de ma chaise, mais après quelques minutes, je me sentis mieux et repris le travail. « Le diable m'en soit témoin [CHECK - "Devil take it"], je ne vais pas m'évanouir ! » me suis-je dit, et j'ai persisté dans mon intention. Cette fois cela prit environ quinze minutes avant que la seconde attaque ne survienne. Celle-ci, de même, passa comme la première. « Et maintenant tu dois vraiment te mettre à travailler ! » Je m'y collais, et après une heure vint la troisième attaque. À nouveau je n'ai pas abandonné, et travaillai pendant une autre heure, jusqu'à ce que j'ai le sentiment que j'avais surmonté les attaques. Soudainement je me sentis mieux que tous les mois précédents. Et de fait les attaques ne se reproduirent pas. <strong>Depuis ce jour j'ai travaillé sur ma grammaire et d'autres livres de classe chaque jour. Quelques semaines plus tard je retournais à l'école, et ne souffrit plus jamais d'une autre attaque, même là. J'en avais fini avec toutes ces combines ! Ce fut alors que j'appris ce qu'est une névrose.</strong><sup>1</sup>
</blockquote>
 Étant un garçon maladroit et aggressif, mal-aimé de ses camarades ou enseignants, Jung avait dû saisir l'opportunité d'échapper à l'école. Au crépuscule de l'enfance, confronté aux demandes imminentes de l'adolescence, Jung s'était retiré du monde. Pendant un temps, son destin ne tint qu'à un fil, alors qu'il dérivait vers la possibilité d'une marginalisation et infirmité permanentes et auto-imposées.



Dans mon travail thérapeutique avec des mères d'ados et pré-ados, je suis un(e) fréquent(e) témoin secondaire d'enfants qui, cherchant à éviter les exigences développementales de l'indépendance à venir, se raccrochent à leurs fragilités de la même manière que le fit Jung à 12 ans. <strong>Négocier une telle impasse en tant que parent peut s'avérer particulièrement difficile, d'autant que les tendances culturelles actuelles soutiennent involontairement les jeunes à revendiquer [subir] l'oppression et la maladie.</strong>



Les attitudes personnelles ou collectives qui créent une invitation à la victimisation et à l'infirmité peuvent altérer ce que nous prévoyons pour nous-mêmes. Adopter un statut d'opprimé ou d'affligé peut aider, car cela encourage les soins requis. <strong>Cependant, s'il est maintenu trop longtemps, cela peut alimenter un désengagement de la vie, et un évitement de son propre destin.</strong> De manière inquiétante, cela a aussi des implications négatives pour la santé mentale personnelle, car cela peut entretenir un sentiment d'impuissance.



<strong><span class="BoldGrey">Locus de contrôle</span></strong>
 

Bastian

Jedi Council Member
Bonjour.

La suite (mais pas encore la fin) de ma traduction dudit article :
The rest (but not yet the end) of my translation of this article :
Code:
<div class="article-body">
Quand Carl G. Jung était un écolier de 12 ans, il fut poussé à terre par un autre enfant, sa tête heurta le sol, et il perdit presque conscience. Instantanément, il comprit les opportunités créées par cette attaque.
<blockquote>
 Au moment où j'ai senti le choc, cette pensée traversa mon esprit : « Maintenant tu n'auras plus à aller à l'école. » J'étais seulement à demi inconscient, mais je suis resté couché au sol plus longtemps qu'il n'était strictement nécessaire, surtout pour me venger de mon assaillant...
</blockquote>
À partir de ce moment, Jung commença à avoir des évanouissements à chaque fois qu'il retournait en classe ou tentait de faire ses devoirs. Pendant six mois, il n'alla pas à l'école. Ses parents inquiets consultèrent des médecins, et l'envoyèrent au loin en convalescence. Jung a décrit cette période comme un « pique-nique ». Cependant, derrière ses évanouissements, il sentait que quelque chose clochait. 
<blockquote>
	J'ai gaspillé mon temps à flemmarder, collectionner, lire et jouer. Mais je ne m'en sentais pas plus heureux ; j'avais l'obscur <strong>sentiment que je me fuyais moi-même.</strong> 
</blockquote>
 Finalement, Jung oublia comment son infirmité était advenue. Son statut d'invalide était pris pour acquis, et il ne le questionnait pas ni ne s'inquiétait d'un remède, jusqu'à ce qu'il surprit une conversation qui réveilla son attention.
<blockquote>
 Alors un jour un ami rendit visite à mon père. Ils étaient assis dans le jardin, et je me cachai derrière un buisson, car j'étais pris d'une insatiable curiosité. J'entendis le visiteur dire à mon père, « Et comment va ton fils ? » « Ah, c'est une triste histoire, » répliqua mon père. « Les médecins ne savent plus ce qui ne va pas avec lui. Ils pensent que ce pourrait être de l'épilepsie. Ce serait affreux si c'était incurable. J'ai perdu le peu (de capital financier, NdT) que j'avais, et qu'adviendra-t-il de ce garçon s'il ne peut gagner sa vie ? » 



Je fus foudrouyé. <strong>C'était la collision avec la réalité.</strong>



« Quoi, mais alors, je dois travailler ! » pensais-je soudainement.



De ce moment, Jung devint un « enfant sérieux. » Il alla droit à l'étude de son père et commença à travailler intensément sur sa grammaire latine.



Après dix minutes ainsi, j'ai eu un fort évanouissement. Je suis quasiment tombé de ma chaise, mais après quelques minutes, je me sentis mieux et repris le travail. « Le diable m'en soit témoin [CHECK - "Devil take it"], je ne vais pas m'évanouir ! » me suis-je dit, et j'ai persisté dans mon intention. Cette fois cela prit environ quinze minutes avant que la seconde attaque ne survienne. Celle-ci, de même, passa comme la première. « Et maintenant tu dois vraiment te mettre à travailler ! » Je m'y collais, et après une heure vint la troisième attaque. À nouveau je n'ai pas abandonné, et travaillais pendant une autre heure, jusqu'à ce que j'aie le sentiment que j'avais surmonté les attaques. Soudainement je me sentis mieux que tous les mois précédents. Et de fait les attaques ne se reproduisirent pas. <strong>Depuis ce jour j'ai travaillé sur ma grammaire et d'autres livres de classe chaque jour. Quelques semaines plus tard je retournais à l'école, et ne souffris plus jamais d'une autre attaque, même là. J'en avais fini avec toutes ces combines ! Ce fut alors que j'appris ce qu'est une névrose.</strong><sup>1</sup>
</blockquote>
 Étant un garçon maladroit et agressif, mal-aimé de ses camarades ou enseignants, Jung avait dû saisir l'opportunité d'échapper à l'école. Au crépuscule de l'enfance, confronté aux demandes imminentes de l'adolescence, Jung s'était retiré du monde. Pendant un temps, son destin ne tint qu'à un fil, alors qu'il dérivait vers la possibilité d'une marginalisation et infirmité permanentes et auto-imposées.



Dans mon travail thérapeutique avec des mères d'ados et pré-ados, je suis un(e) fréquent(e) témoin secondaire d'enfants qui, cherchant à éviter les exigences développementales de l'indépendance à venir, se raccrochent à leurs fragilités de la même manière que le fit Jung à 12 ans. <strong>Négocier une telle impasse en tant que parent peut s'avérer particulièrement difficile, d'autant que les tendances culturelles actuelles soutiennent involontairement les jeunes à revendiquer [subir] l'oppression et la maladie.</strong>



Les attitudes personnelles ou collectives qui créent une invitation à la victimisation et à l'infirmité peuvent altérer ce que nous prévoyons pour nous-mêmes. Adopter un statut d'oppression ou d'affliction peut aider, car cela encourage les soins requis. <strong>Cependant, quand maintenu trop longtemps, cela peut alimenter un désengagement de la vie, et un évitement de son propre destin.</strong> De manière inquiétante, cela a aussi des implications négatives pour la santé mentale personnelle, car cela peut entretenir un sentiment d'impuissance.



<strong><span class="BoldGrey">Lieu (ou locus) de contrôle</span></strong>



Nous penser comme opprimé(e)s ou infirmes peut entretenir incidemment ce que les psychologues appellent un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Locus_de_contr%C3%B4le">lieu de contrôle (ou maîtrise)</a> (en anglais : <em>locus of control</em>) externe. Le lieu de contrôle est un concept de psychologie proposé en 1954 par Julian Rotter. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>interne</strong> ont une expérience d'eux-mêmes comme capables d'influencer les résultats qui les affectent. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>externe</strong> ressentent que la majeure partie de ce qui leur arrive dépasse leur capacité d'influence.



Bien que les lieux de contrôle externes comme internes offrent des avantages et des inconvénients, la recherche a montré qu'avoir un lieu de contrôle interne est associé avec <a target="_blank" title="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control" href="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control">moins de stress et une meilleure santé</a>, tandis qu'avoir un lieu de contrôle externe est <a target="_blank" title="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058" href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058">corrélé avec des troubles anxieux</a>.  Ce qui est important, un lieu de contrôle interne apparaît être un facteur décisif pour déterminer si quelqu'un sera <a target="_blank" title="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience" href="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience">psychologiquement résilient</a>. Par conséquent, en tant que société, il est dans notre intérêt de cultiver un lieu de contrôle interne, et en effet, les notions populaires de « cran » et d'attitudes sont soutenues par la théorie du lieu de contrôle. Cependant, certains environnements mettent en avant son opposé.



<strong><span class="BoldGrey">Culture de la victimisation</span></strong>



Une mère parmi mes patientes m'a récemment partagé qu'en début d'année de cinquième, l'enseignante de son enfant avait proposé aux élèves de dire leurs pronoms préférés. Immédiatement après, la fille de 12 ans de cette mère a commencé à s'identifier comme d'un genre variable/mélangé et a commencé à être préoccupée par son nouveau statut de membre d'une minorité opprimé. Bien que l'enseignante avait l'intention indubitable de transmettre la tolérance et l'acceptation, <strong>elle a créé par inadvertance une incitation à la victimisation.</strong>



Certaines tendances culturelles actuelles attribuent un statut social plus élevé à ceux perçus comme victimes.  <a target="_blank" title="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/" href="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/">Les sociologues ont avancé qu'une nouvelle culture morale de la victimisation se développe sur les campus universitaires</a> (en particulier aux USA).  <strong>Dans une telle culture, être une victime réhausse le statut de quelqu'un et lui confère de la vertu, en partie parce que cela mobilise la protection et le soutien de puissantes tierces parties.</strong> Le statut plus élevé de la victimisation peut expliquer la forte croissance de « l'automutilation numérique » que les chercheurs ont identifié quand <a target="_blank" title="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/" href="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/">des adolescents se « cyber-persécutent » eux-mêmes</a>.



La culture de la victimisation nous récompense quand nous nous sentons lésés, impuissants et faibles. <strong>Par conséquent cela nous encourage à faire l'expérience de nous-mêmes comme étant à la merci de forces externes au-delà de notre contrôle,</strong> ce qui, comme nous l'avons vu, peut avoir des conséquences négatives pour le bien-être mental.



<strong><span class="BoldGrey">Adopter la maladie</span></strong>



En plus d'une culture morale de la victimisation, une tendance reliée nous encourage à nous penser comme souffrant. Un récent article de <em>Spiked Online</em> intitulé « Transformer l'enfance en maladie mentale » constate la tendance à médicaliser l'enfance en attribuant des diagnotics de détresse ordinaire, ce qui encourage les enfants à se percevoir comme malades:</strong><sup><strong>2</strong></sup> 
<blockquote>
	La relation entre ce nouveau récit de maladie et son impact sur les jeunes est dialectique. <strong>Le récit non seulement encadre la façon dont on s'attend à ce que les enfants fassent l'expérience de leurs problèmes de tous les jours, mais cela agit aussi comme une invitation à l'infirmité.</strong> 
</blockquote>
 De la même manière que le jeune Carl (Jung) a tiré des bénéfices moraux et pratiques de son infirmité, dans certaines sous-cultures actuelles, avoir un diagnostic de maladie mentale apporte des avantages perçus. Sur Tumblr, il y a des communautés de personnes autodiagnostiquées avec un trouble dissociatif de l'identité. De nombreux utilisateurs de Tumblr listent fièrement leurs maladies mentales dans leurs profils, incluant l'anxiété, la dépression, le trouble d'état limite, et le stress post-traumatique. L'auteure Angela Nagle a nommé ce phénomène sur Tumblr « le culte de la souffrance, de la faiblesse et de la vulnérabilité. »



<strong>La tendance à <a target="_blank" title="http://selfdxcringe.tumblr.com/" href="http://selfdxcringe.tumblr.com/"><strong>l'autodiagnostic sur Tumblr</strong></a> <strong>reflète des courants dans la culture plus générale alors que le nombre de maladies mentales a explosé.</strong> À la fin des années 1970, la première édition du manuel américain de diagnostic psychiatrique (DSM : <em>Diagnostic and Statistical Manual</em>) contenait grosso modo 25 catégories diagnostiques. La plus récente édition révisée de ce catalogue des maladies modernes en liste 265.



<strong>Un diagnostic apporte avec lui un sentiment d'absolution.</strong> Ce n'est pas notre faute si nous sommes anxieux ou dépressifs. Des forces au-delà de notre contrôle ont conspiré contre nous. Un diagnostique psychiatrique a de nombreux bénéfices pratiques. Cela peut replacer la détresse dans son contexte et la rendre normale, réduire l'infamie, et montrer le chemin de l'intervention et du traitement. Cependant, quand notre diagnostique devient une partie importante de qui notre identité, nous sommes encouragés à abdiquer notre responsabilité face à notre détresse. Nous sommes à la dérive sur les courants turbulents de la vie, sans culpabilité, mais aussi sans capacité d'action. <strong>Cela encourage un sentiment d'impuissance, qui à son tour peut augmenter l'anxiété.</strong>



<strong><span class="BoldGrey">L'anxiété</span></strong>
 

Bastian

Jedi Council Member
(Avec quelques corrections après relecture : / With some corrections after proofreading : )
Code:
<div class="article-body">
Quand Carl G. Jung était un écolier de 12 ans, il fut poussé à terre par un autre enfant, sa tête heurta le sol, et il perdit presque conscience. Instantanément, il comprit les opportunités créées par cette attaque.
<blockquote>
 Au moment où j'ai senti le choc, cette pensée traversa mon esprit : « Maintenant tu n'auras plus à aller à l'école. » J'étais seulement à demi inconscient, mais je suis resté couché au sol plus longtemps qu'il n'était strictement nécessaire, surtout pour me venger de mon assaillant...
</blockquote>
À partir de ce moment, Jung commença à avoir des évanouissements à chaque fois qu'il retournait en classe ou tentait de faire ses devoirs. Pendant six mois, il n'alla pas à l'école. Ses parents inquiets consultèrent des médecins, et l'envoyèrent au loin en convalescence. Jung a décrit cette période comme un « pique-nique ». Cependant, derrière ses évanouissements, il sentait que quelque chose clochait. 
<blockquote>
	J'ai gaspillé mon temps à flemmarder, collectionner, lire et jouer. Mais je ne m'en sentais pas plus heureux ; j'avais l'obscur <strong>sentiment que je me fuyais moi-même.</strong> 
</blockquote>
 Finalement, Jung oublia comment son infirmité était advenue. Son statut d'invalide était pris pour acquis, et il ne le questionnait pas ni ne s'inquiétait d'un remède, jusqu'à ce qu'il surprit une conversation qui réveilla son attention.
<blockquote>
 Alors un jour un ami rendit visite à mon père. Ils étaient assis dans le jardin, et je me cachai derrière un buisson, car j'étais pris d'une insatiable curiosité. J'entendis le visiteur dire à mon père, « Et comment va ton fils ? » « Ah, c'est une triste histoire, » répliqua mon père. « Les médecins ne savent plus ce qui ne va pas avec lui. Ils pensent que ce pourrait être de l'épilepsie. Ce serait affreux si c'était incurable. J'ai perdu le peu (de capital financier, NdT) que j'avais, et qu'adviendra-t-il de ce garçon s'il ne peut gagner sa vie ? » 



Je fus foudrouyé. <strong>C'était la collision avec la réalité.</strong>



« Quoi, mais alors, je dois travailler ! » pensais-je soudainement.



De ce moment, Jung devint un « enfant sérieux. » Il alla droit à l'étude de son père et commença à travailler intensément sur sa grammaire latine.



Après dix minutes ainsi, j'ai eu un fort évanouissement. Je suis quasiment tombé de ma chaise, mais après quelques minutes, je me sentis mieux et repris le travail. « Le diable m'en soit témoin [CHECK - "Devil take it"], je ne vais pas m'évanouir ! » me suis-je dit, et j'ai persisté dans mon intention. Cette fois cela prit environ quinze minutes avant que la seconde attaque ne survienne. Celle-ci, de même, passa comme la première. « Et maintenant tu dois vraiment te mettre à travailler ! » Je m'y collais, et après une heure vint la troisième attaque. À nouveau je n'ai pas abandonné, et travaillais pendant une autre heure, jusqu'à ce que j'aie le sentiment que j'avais surmonté les attaques. Soudainement je me sentis mieux que tous les mois précédents. Et de fait les attaques ne se reproduisirent pas. <strong>Depuis ce jour j'ai travaillé sur ma grammaire et d'autres livres de classe chaque jour. Quelques semaines plus tard je retournais à l'école, et ne souffris plus jamais d'une autre attaque, même là. J'en avais fini avec toutes ces combines ! Ce fut alors que j'appris ce qu'est une névrose.</strong><sup>1</sup>
</blockquote>
 Étant un garçon maladroit et agressif, mal-aimé de ses camarades ou enseignants, Jung avait dû saisir l'opportunité d'échapper à l'école. Au crépuscule de l'enfance, confronté aux demandes imminentes de l'adolescence, Jung s'était retiré du monde. Pendant un temps, son destin ne tint qu'à un fil, alors qu'il dérivait vers la possibilité d'une marginalisation et infirmité permanentes et auto-imposées.



Dans mon travail thérapeutique avec des mères d'ados et pré-ados, je suis fréquemment le témoin secondaire d'enfants qui, cherchant à éviter les exigences développementales de l'indépendance à venir, se raccrochent à leurs fragilités de la même manière que le fit Jung à 12 ans. <strong>Négocier une telle impasse en tant que parent peut s'avérer particulièrement difficile, d'autant que les tendances culturelles actuelles soutiennent involontairement les jeunes à revendiquer [subir, NdT] l'oppression et la maladie.</strong>



Les attitudes personnelles ou collectives qui créent une invitation à la victimisation et à l'infirmité peuvent altérer ce que nous attendons de nous-mêmes. Adopter un statut d'opprimé ou d'affligé peut aider, car cela encourage les soins requis. <strong>Cependant, s'il est maintenu trop longtemps, cela peut alimenter un désengagement de la vie, et un évitement de son propre destin.</strong> De manière inquiétante, cela a aussi des implications négatives pour la santé mentale personnelle, car cela peut entretenir un sentiment d'impuissance.



<strong><span class="BoldGrey">Lieu (ou locus) de contrôle</span></strong>



Nous penser comme opprimé(e)s ou infirmes peut entretenir incidemment ce que les psychologues appellent un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Locus_de_contr%C3%B4le">lieu de contrôle (ou maîtrise)</a> (en anglais : <em>locus of control</em>, NdT) externe. Le lieu de contrôle est un concept de psychologie proposé dans les années 1950 par Julian Rotter. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>interne</strong> se sentent capables d'influencer les résultats qui les affectent. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>externe</strong> ressentent que la majeure partie de ce qui leur arrive dépasse leur capacité d'influence.



Bien que les lieux de contrôle externes comme internes offrent des avantages et des inconvénients, la recherche a montré qu'avoir un lieu de contrôle interne est associé avec <a target="_blank" title="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control" href="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control">moins de stress et une meilleure santé</a>, tandis qu'avoir un lieu de contrôle externe est <a target="_blank" title="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058" href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058">corrélé avec des troubles anxieux</a>.  Ce qui est important, un lieu de contrôle interne apparaît comme un facteur décisif pour déterminer si quelqu'un sera <a target="_blank" title="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience" href="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience">psychologiquement résilient</a>. Par conséquent, en tant que société, il est dans notre intérêt de cultiver un lieu de contrôle interne, et en effet, les notions populaires de « cran » (ou détermination) et d'attitude (ou état d'esprit) sont soutenues par la théorie du lieu de contrôle. Cependant, certains environnements encouragent actuellement son opposé.



<strong><span class="BoldGrey">Culture de la victimisation</span></strong>



Une mère parmi mes patientes m'a récemment partagé qu'en début d'année de cinquième (selon le système scolaire français, NdT), l'enseignante de son enfant avait proposé aux élèves d'exprimer leurs pronoms préférés. Immédiatement après, la fille de 12 ans de cette mère a commencé à s'identifier comme d'un genre variable/mélangé et a commencé à être préoccupée par son nouveau statut de membre d'une minorité opprimée. Bien que l'enseignante avait l'intention indubitable de transmettre la tolérance et l'acceptation, <strong>elle a créé par inadvertance une incitation à la victimisation.</strong>



Certaines tendances culturelles actuelles attribuent un statut social plus élevé à ceux perçus comme victimes.  <a target="_blank" title="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/" href="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/">Les sociologues ont avancé qu'une nouvelle culture morale de la victimisation se développe sur les campus universitaires</a> (en particulier aux USA, NdT).  <strong>Dans une telle culture, être une victime réhausse le statut de quelqu'un et lui confère de la vertu, en partie parce que cela mobilise la protection et le soutien de puissantes tierces parties.</strong> Le statut plus élevé de la victimisation peut expliquer la forte croissance de « l'automutilation numérique » que les chercheurs ont identifié quand <a target="_blank" title="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/" href="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/">des adolescents se « cyber-persécutent » eux-mêmes</a>.



La culture de la victimisation nous récompense quand nous nous sentons lésés, impuissants et faibles. <strong>Par conséquent cela nous encourage à faire l'expérience de nous-mêmes comme étant à la merci de forces externes au-delà de notre contrôle,</strong> ce qui, comme nous l'avons vu, peut avoir des conséquences négatives pour le bien-être mental.



<strong><span class="BoldGrey">Adopter la maladie</span></strong>



En plus d'une culture morale de la victimisation, une tendance reliée nous encourage à nous penser comme souffrant(e)s. Un récent article de <em>Spiked Online</em> intitulé « Transformer l'enfance en maladie mentale » constate la tendance à médicaliser l'enfance en attribuant des diagnotics de détresse ordinaire, ce qui encourage les enfants à se percevoir comme malades:</strong><sup><strong>2</strong></sup> 
<blockquote>
	La relation entre ce nouveau récit de maladie et son impact sur les jeunes est dialectique. <strong>Le récit non seulement encadre la façon dont on s'attend à ce que les enfants fassent l'expérience de leurs problèmes de tous les jours, mais cela agit aussi comme une invitation à l'infirmité.</strong> 
</blockquote>
De la même manière que le jeune Carl (Jung) a tiré des bénéfices moraux et pratiques de son infirmité, dans certaines sous-cultures actuelles, avoir un diagnostic de maladie mentale apporte des avantages perçus. Sur Tumblr, il y a des communautés de personnes autodiagnostiquées avec un trouble dissociatif de l'identité. De nombreux utilisateurs de Tumblr listent fièrement leurs maladies mentales dans leurs profils, incluant l'anxiété, la dépression, le trouble de la personnalité limite (<em>borderline</em>, NdT), et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT). L'auteure Angela Nagle a nommé ce phénomène sur Tumblr « le culte de la souffrance, de la faiblesse et de la vulnérabilité. »



<strong>La tendance à <a target="_blank" title="http://selfdxcringe.tumblr.com/" href="http://selfdxcringe.tumblr.com/"><strong>l'autodiagnostic sur Tumblr</strong></a> <strong>reflète des courants dans la culture plus générale alors que le nombre de maladies mentales a explosé.</strong> À la fin des années 1970, la première édition du manuel américain de diagnostic psychiatrique (DSM : <em>Diagnostic and Statistical Manual</em>) contenait grosso modo 25 catégories diagnostiques. La plus récente édition révisée de ce catalogue des maladies modernes en liste 265.



<strong>Un diagnostic apporte avec lui un sentiment d'absolution.</strong> Ce n'est pas notre faute si nous sommes anxieux ou dépressifs. Des forces au-delà de notre contrôle ont conspiré contre nous. Un diagnostique psychiatrique a de nombreux bénéfices pratiques. Cela peut replacer la détresse dans son contexte et la rendre normale, réduire l'infamie, et montrer le chemin de l'intervention et du traitement. Cependant, quand notre diagnostique devient une partie importante de notre identité, nous sommes encouragés à abdiquer notre responsabilité face à notre situation difficile. Nous sommes à la dérive sur les courants turbulents de la vie, sans culpabilité, mais aussi sans capacité d'action. <strong>Cela encourage un sentiment d'impuissance, qui à son tour peut augmenter l'anxiété.</strong>



<strong><span class="BoldGrey">L'anxiété</span></strong>
 

Bastian

Jedi Council Member
Hello.

Here is my whole translation - it just need checking for a few sentences (noted with [CHECK] or [NdT]) and proodreading. Unfortunately, I miss time to finish that, could somebody else do it ?
Voici ma traduction complète - il reste encore juste à vérifier quelques phrases (notées avec [CHECK] ou [NdT]) et à relire. Malheureusement, je manque de temps pour finir ça, est-ce que quelqu'un d'autre pourrait s'en changer ?
Code:
<div class="article-body">
Quand Carl G. Jung était un écolier de 12 ans, il fut poussé à terre par un autre enfant, sa tête heurta le sol, et il perdit presque conscience. Instantanément, il comprit les opportunités créées par cette attaque.
<blockquote>
 Au moment où j'ai senti le choc, cette pensée traversa mon esprit : « Maintenant tu n'auras plus à aller à l'école. » J'étais seulement à demi inconscient, mais je suis resté couché au sol plus longtemps qu'il n'était strictement nécessaire, surtout pour me venger de mon assaillant...
</blockquote>
À partir de ce moment, Jung commença à avoir des évanouissements à chaque fois qu'il retournait en classe ou tentait de faire ses devoirs. Pendant six mois, il n'alla pas à l'école. Ses parents inquiets consultèrent des médecins, et l'envoyèrent au loin en convalescence. Jung a décrit cette période comme un « pique-nique ». Cependant, derrière ses évanouissements, il sentait que quelque chose clochait. 
<blockquote>
	J'ai gaspillé mon temps à flemmarder, collectionner, lire et jouer. Mais je ne m'en sentais pas plus heureux ; j'avais l'obscur <strong>sentiment que je me fuyais moi-même.</strong> 
</blockquote>
 Finalement, Jung oublia comment son infirmité était advenue. Son statut d'invalide était pris pour acquis, et il ne le questionnait pas ni ne s'inquiétait d'un remède, jusqu'à ce qu'il surprit une conversation qui réveilla son attention.
<blockquote>
 Alors un jour un ami rendit visite à mon père. Ils étaient assis dans le jardin, et je me cachai derrière un buisson, car j'étais pris d'une insatiable curiosité. J'entendis le visiteur dire à mon père, « Et comment va ton fils ? » « Ah, c'est une triste histoire, » répliqua mon père. « Les médecins ne savent plus ce qui ne va pas avec lui. Ils pensent que ce pourrait être de l'épilepsie. Ce serait affreux si c'était incurable. J'ai perdu le peu (de capital financier, NdT) que j'avais, et qu'adviendra-t-il de ce garçon s'il ne peut gagner sa vie ? » 



Je fus foudrouyé. <strong>C'était la collision avec la réalité.</strong>



« Quoi, mais alors, je dois travailler ! » pensais-je soudainement.



De ce moment, Jung devint un « enfant sérieux. » Il alla droit à l'étude de son père et commença à travailler intensément sur sa grammaire latine.



Après dix minutes ainsi, j'ai eu un fort évanouissement. Je suis quasiment tombé de ma chaise, mais après quelques minutes, je me sentis mieux et repris le travail. « Le diable l'emporte [NdT - "Devil take it"], je ne vais pas m'évanouir ! » me suis-je dit, et j'ai persisté dans mon intention. Cette fois cela prit environ quinze minutes avant que la seconde attaque ne survienne. Celle-ci, de même, passa comme la première. « Et maintenant tu dois vraiment te mettre à travailler ! » Je m'y collais, et après une heure vint la troisième attaque. À nouveau je n'ai pas abandonné, et travaillais pendant une autre heure, jusqu'à ce que j'aie le sentiment que j'avais surmonté les attaques. Soudainement je me sentis mieux que tous les mois précédents. Et de fait les attaques ne se reproduisirent pas. <strong>Depuis ce jour j'ai travaillé sur ma grammaire et d'autres livres de classe chaque jour. Quelques semaines plus tard je retournais à l'école, et ne souffris plus jamais d'une autre attaque, même là. J'en avais fini avec toutes ces combines ! Ce fut alors que j'appris ce qu'est une névrose.</strong><sup>1</sup>
</blockquote>
 Étant un garçon maladroit et agressif, mal-aimé de ses camarades ou enseignants, Jung avait dû saisir l'opportunité d'échapper à l'école. Au crépuscule de l'enfance, confronté aux demandes imminentes de l'adolescence, Jung s'était retiré du monde. Pendant un temps, son destin ne tint qu'à un fil, alors qu'il dérivait vers la possibilité d'une marginalisation et infirmité permanentes et auto-imposées.



Dans mon travail thérapeutique avec des mères d'ados et pré-ados, je suis fréquemment le témoin secondaire d'enfants qui, cherchant à éviter les exigences développementales de l'indépendance à venir, se raccrochent à leurs fragilités de la même manière que le fit Jung à 12 ans. <strong>Négocier une telle impasse en tant que parent peut s'avérer particulièrement difficile, d'autant que les tendances culturelles actuelles soutiennent involontairement les jeunes à revendiquer [subir, NdT] l'oppression et la maladie.</strong>



Les attitudes personnelles ou collectives qui créent une invitation à la victimisation et à l'infirmité peuvent altérer ce que nous attendons de nous-mêmes. Adopter un statut d'opprimé ou d'affligé peut aider, car cela encourage les soins requis. <strong>Cependant, s'il est maintenu trop longtemps, cela peut alimenter un désengagement de la vie, et un évitement de son propre destin.</strong> De manière inquiétante, cela a aussi des implications négatives pour la santé mentale personnelle, car cela peut entretenir un sentiment d'impuissance.



<strong><span class="BoldGrey">Lieu (ou locus) de contrôle</span></strong>



Nous penser comme opprimé(e)s ou infirmes peut entretenir incidemment ce que les psychologues appellent un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Locus_de_contr%C3%B4le">lieu de contrôle (ou de maîtrise)</a> (en anglais : <em>locus of control</em>, NdT) externe. Le lieu de contrôle est un concept de psychologie proposé dans les années 1950 par Julian Rotter. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>interne</strong> se sentent capables d'influencer les résultats qui les affectent. Ceux avec un lieu de contrôle <strong>externe</strong> ressentent que la majeure partie de ce qui leur arrive dépasse leur capacité d'influence.



Bien que les lieux de contrôle externes comme internes offrent des avantages et des inconvénients, la recherche a montré qu'avoir un lieu de contrôle interne est associé avec <a target="_blank" title="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control" href="https://www.psychologytoday.com/blog/moments-matter/201708/locus-control">moins de stress et une meilleure santé</a>, tandis qu'avoir un lieu de contrôle externe est <a target="_blank" title="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058" href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/4083058">corrélé avec des troubles anxieux</a>.  Ce qui est important, un lieu de contrôle interne apparaît comme un facteur décisif pour déterminer si quelqu'un sera <a target="_blank" title="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience" href="https://www.newyorker.com/science/maria-konnikova/the-secret-formula-for-resilience">psychologiquement résilient</a>. Par conséquent, en tant que société, il est dans notre intérêt de cultiver un lieu de contrôle interne, et en effet, les notions populaires de « cran » (ou détermination) et d'attitude (ou état d'esprit) sont soutenues par la théorie du lieu de contrôle. Cependant, certains environnements encouragent actuellement son opposé.



<strong><span class="BoldGrey">Culture de la victimisation</span></strong>



Une mère parmi mes patientes m'a récemment partagé qu'en début d'année de cinquième (selon le système scolaire français, NdT), l'enseignante de son enfant avait proposé aux élèves d'exprimer leurs pronoms préférés. Immédiatement après, la fille de 12 ans de cette mère a commencé à s'identifier comme d'un genre variable/mélangé et a commencé à être préoccupée par son nouveau statut de membre d'une minorité opprimée. Bien que l'enseignante avait l'intention indubitable de transmettre la tolérance et l'acceptation, <strong>elle a créé par inadvertance une incitation à la victimisation.</strong>



Certaines tendances culturelles actuelles attribuent un statut social plus élevé à ceux perçus comme victimes.  <a target="_blank" title="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/" href="https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/09/the-rise-of-victimhood-culture/404794/">Les sociologues ont avancé qu'une nouvelle culture morale de la victimisation se développe sur les campus universitaires</a> (en particulier aux USA, NdT).  <strong>Dans une telle culture, être une victime réhausse le statut de quelqu'un et lui confère de la vertu, en partie parce que cela mobilise la protection et le soutien de puissantes tierces parties.</strong> Le statut plus élevé de la victimisation peut expliquer la forte croissance de « l'automutilation numérique » que les chercheurs ont identifié quand <a target="_blank" title="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/" href="https://www.usatoday.com/story/news/2017/11/08/cyberbullings-chilling-trenda-growing-number-teens-anonymously-bullying-themselves-online-study-find/831070001/">des adolescents se « cyber-persécutent » eux-mêmes</a>.



La culture de la victimisation nous récompense quand nous nous sentons lésés, impuissants et faibles. <strong>Par conséquent cela nous encourage à faire l'expérience de nous-mêmes comme étant à la merci de forces externes au-delà de notre contrôle,</strong> ce qui, comme nous l'avons vu, peut avoir des conséquences négatives pour le bien-être mental.



<strong><span class="BoldGrey">Adopter la maladie</span></strong>



En plus d'une culture morale de la victimisation, une tendance reliée nous encourage à nous penser comme souffrant(e)s. Un récent article de <em>Spiked Online</em> intitulé « Transformer l'enfance en maladie mentale » constate la tendance à médicaliser l'enfance en attribuant des diagnotics de détresse ordinaire, ce qui encourage les enfants à se percevoir comme malades:</strong><sup><strong>2</strong></sup> 
<blockquote>
	La relation entre ce nouveau récit de maladie et son impact sur les jeunes est dialectique. <strong>Le récit non seulement encadre la façon dont on s'attend à ce que les enfants fassent l'expérience de leurs problèmes de tous les jours, mais cela agit aussi comme une invitation à l'infirmité.</strong> 
</blockquote>
De la même manière que le jeune Carl (Jung) a tiré des bénéfices moraux et pratiques de son infirmité, dans certaines sous-cultures actuelles, avoir un diagnostic de maladie mentale apporte des avantages perçus. Sur Tumblr, il y a des communautés de personnes autodiagnostiquées avec un trouble dissociatif de l'identité. De nombreux utilisateurs de Tumblr listent fièrement leurs maladies mentales dans leurs profils, incluant l'anxiété, la dépression, le trouble de la personnalité limite (<em>borderline</em>, NdT), et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT). L'auteure Angela Nagle a nommé ce phénomène sur Tumblr « le culte de la souffrance, de la faiblesse et de la vulnérabilité. »



<strong>La tendance à <a target="_blank" title="http://selfdxcringe.tumblr.com/" href="http://selfdxcringe.tumblr.com/"><strong>l'autodiagnostic sur Tumblr</strong></a> <strong>reflète des courants dans la culture plus générale alors que le nombre de maladies mentales a explosé.</strong> À la fin des années 1970, la première édition du manuel américain de diagnostic psychiatrique (DSM : <em>Diagnostic and Statistical Manual</em>) contenait grosso modo 25 catégories diagnostiques. La plus récente édition révisée de ce catalogue des maladies modernes en liste 265.



<strong>Un diagnostic apporte avec lui un sentiment d'absolution.</strong> Ce n'est pas notre faute si nous sommes anxieux ou dépressifs. Des forces au-delà de notre contrôle ont conspiré contre nous. Un diagnostique psychiatrique a de nombreux bénéfices pratiques. Cela peut replacer la détresse dans son contexte et la rendre normale, réduire l'infamie, et montrer le chemin de l'intervention et du traitement. Cependant, quand notre diagnostique devient une partie importante de notre identité, nous sommes encouragés à abdiquer notre responsabilité face à notre situation difficile. Nous sommes à la dérive sur les courants turbulents de la vie, sans culpabilité, mais aussi sans capacité d'action. <strong>Cela encourage un sentiment d'impuissance, qui à son tour peut augmenter l'anxiété.</strong>



<strong><span class="BoldGrey">L'anxiété</span></strong>



Un article du <em>New York Times</em> d'octobre 2017 intitulé<a target="_blank" title="https://www.nytimes.com/2017/10/11/magazine/why-are-more-american-teenagers-than-ever-suffering-from-severe-anxiety.html" href="https://www.nytimes.com/2017/10/11/magazine/why-are-more-american-teenagers-than-ever-suffering-from-severe-anxiety.html">« Pourquoi plus d'adoslescents américains que jamais souffrent d'anxiété extrême ? »</a> s'est intéressé à la tendance croissante d'anxiété adolescente aux États Unis. Des pressions académiques croissantes, l'arrivée des <em>smart phones</em>, et l'usage ubiquitaire des médias sociaux ont été explorés comme potentiels contributeurs à l'anxiété croissante chez les ados, mais l'article a impliqué un autre facteur aussi - des cultures scolaires permettant aux jeunes d'éviter les choses désagréables. Les mesures éducatives spéciales 504 répondent aux anxiétés des élèves <strong>en permettant aux enfants de quitter la classe tôt, d'utiliser des entrées spéciales, et de trouver refuge dans des espaces sûrs quand ils se sentent dépassés.</strong> Un thérapeute questionné pour l'article du <em>Times</em> s'inquiète que ces sortes d'arrangements « fondés sur l'évitement » ne fait qu'empirer l'anxiété en envoyant le message aux enfants qu'ils sont trop fragiles pour traiter les choses qui leur sont inconfortables.



Essentiellement, de telles adaptations à l'anxiété cultivent un lieu de contrôle externe, en enseignant aux jeunes gens qu'ils ne sont pas capables de relever les défis, et en les encourageant à croire que le monde autour d'eux devrait être changé pour répondre à leurs besoins. <strong>Cela prépare les personnes à s'attendre à ce que la vie se conforme à leurs attentes, et de se sentir dévastés ou outragés si elle ne s'y conforme pas. Cela promeut la fragilité, car les jeunes attendent avec impuissance que l'on prenne des mesures en leur faveur [NdT: "wait helplessly to be acted upon"].</strong>



L'article du <em>Times</em> décrit un lycée du New Jersey qui a développé un programme dédié pour répondre aux besoins des étudiants anxieux. Cela relate une rencontre entre Paul Critelli, l'un des enseignants du programme, et un étudiant anxieux et reclus, prétendant qu'il n'avait rien à faire.



Critelli l'a regardé avec incrédulité. « Mon gars, tu échoues en physique, » lui a dit Critelli. « Que veux-tu exprimer par « je n'ai rien à faire » ? »



« Il n'y a rien que je puisse faire - je vais échouer » a murmuré l'élève.



<strong>L'élève de Critelli illustre un lieu de contrôle externe extrême. Il s'est effondré complètementt dans la victimisation, au point qu'il n'est pas capable d'imaginer une façon de plaider pour lui-même ou d'influencer le résultat de son année.</strong>



<strong><span class="BoldGrey">Éviter notre destin</span></strong>



Si l'anxiété est notre maladie principale, l'évitement est sa nounou dorlotante, toujours prête à nous assurer que nous ne devons pas risquer de nous confronter avec ce qui nous est inconfortable. <strong>Quand nous tenons compte de nos peurs, nous restons en sécurité, mais nous restons aussi hors de la vie.</strong> Jung n'a jamais oublié les dangers de l'évitement. Quelques 25 ans après sa période de refus de l'école, Jung a écrit ce qui suit :
<blockquote>
 <span class="BoldRed">La vie nous incite à l'indépendance, et quiconque ne tient pas compte de cet appel à cause d'une paresse ou timidité d'enfance est menacé par la névrose. Et une fois que c'est apparu, cela devient une raison de + en + valide pour fuir en courant la vie et rester pour toujours dans l'atmosphère moralement empoisonnée de l'enfance.</span><sup><span class="BoldRed">3</span></sup> 
</blockquote>
J'ai vu les adultes que sont devenus les ados qui se sont retirés de l'arène de la vie. Dans ma salle de consultation, <strong>il parlent de vies non vécues, et de souffrance non expiées.</strong> Non seulement leurs talents et capacité productive manquent au monde. (Et ce n'est pas une petite perte : imaginez is le Carl de 12 ans n'avait pas espionné la conversation de son père ce jour-là.)<span class="BoldRed">Mais aussi l'histoire qu'ils sont venus raconter au monde ne sera pas racontée.</span>



L'article du <em>Times</em> décrit une adolescente attirante qui, comme Jung, s'est battue avec l'évitement de l'école. À l'inverse de Jung, cependant, cette ado a finalement laissé tombé l'école après avoir échoué à surmonter son anxiété. Selon le <em>Times</em>elle a passé la plupart de son temps seule à la maison, à envoyer des messages à ses amis, soulagée de ne jamais avoir à remettre les pieds au lycée. <strong>Le problème ici ne concerne pas seulement des enfants qui ne vont pas en classe. Les enjeux sont plus élevés, et ont à voir avec une vie ayant du sens et un but, en bonne voie d'être confisquée.[NdT : CHECK]</strong>



Jung a noté que <strong>« une névrose est toujours un substitut pour une souffrance légitime. »</strong> <sup>4</sup> Les évanouissements de son enfance ont servi à un substitut pour la souffrance des plus légitimes à trouver son chemin dans l'adolescence et à faire face à son destin de fils d'un pauve prêtre, qui devrait trouver un métier et gagner sa vie. Le mot « souffrir » provient d'un mot latin signifiant supporter, transporter, ou endurer. Quand nous souffrons notre destin plutôt que de l'éviter, nous devenons acteurs dans notre propre drame. La souffrance devient une partie de notre histoire personnelle, avec laquelle nous devons nous débattre. 

Comme le dit <a target="_blank" title="http://www.michaelppowers.com/wisdom/rilke.html" href="http://www.michaelppowers.com/wisdom/rilke.html">Rilke</a>, <span class="BoldRed">c'est une « main rude qui nous pétrit », nous changeant et nous laissant « fiers et renforcés », même dans la défaite.</span> Quand, d'un autre côté, nous externalisons (notre lieu de contrôle) et nous médicalisons notre peine, nous courrons le risque de devenir sa victime malheureuse.



<strong><span class="BoldGrey">La tâche du héros</span></strong>



Des centaines d'année avant que quiconque n'évoque le « lieu de contrôle interne », les poêtes et les bardes d'époques antérieures connaissaient l'importance décisive de marcher vers son destin. Celui qui le faisait était connu comme le héros. Quiconque se confrontait quotidiennement à l'incertitude et à la peur, peu importe la banalité des actes, est héroïque au sens psychologique. <strong>« Nous avons tous un rendez-vous avec nous-même, bien que la plupart d'entre nous ne s'y présentent pas, »</strong> écrit l'analyste Junguien James Hollis. <strong>« Se montrer, et gérer tout ce qui doit être affronté dans les gouffres de la peur et du doute de soi, voilà qui est la tâche du héros. »</strong><sup>5</sup>



Pour contraster avec les adolescents évitants décrits dans le <em>Times</em>, considérez les mots de Marc Aurèle. Durant une campagne militaire contre les envahisseurs barbares, l'empereur et philosophe stoïque a écrit pour lui-même les lignes suivantes, il y a presque deux mille ans:
<blockquote>
	Aux premières lueurs du jour, tiens prête à servir, contre l'aversion à quitter ton lit, la pensée que « je me lève pour le travail d'humain. » Dois-je râler de commencer à faire ce pour quoi je suis né, et au nom de quoi j'ai été ammené dans ce monde ? Est-ce le but de ma création, de rester couché au chaud sous les couvertures ?<sup>6</sup>
</blockquote>
<strong>Créer une société dans laquelle nous sommes encouragés à affronter l'anxiété et à faire face aux réalités difficiles n'importe pas juste pour la santé mentale des individus, mais aussi pour notre bien-être collectif.</strong>Dans le monde qui nous attend bientôt, l'humanité aura un besoin désespéré d'invidius qui voudront se lever de leurs lits. <strong>Les défis qui se dressent devant nous vont exiger de nous de mettre de côté la timidité, la faiblesse, et la victimisation et d'affirmer à la place notre capacité d'action et notre audace, aussi sombres que puissent être les perspectives.</strong>



<strong>Lisa Marchiano est une travailleuse sociale en clinique et une analyste Junguienne en cabinet privé à Philadelphie, PA. Ses écrits sur les problèmes de parentalité peuvent être trouvés sur motherhoodtransformation.com. Suivez-la sur Twitter : @lisamarchiano



<span class="BoldGrey">Références</span>



<a target="_blank" title="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref1" href="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref1"><sup>1</sup></a> Jung, C. G., &amp; Jaffe, A. (1989). <a target="_blank" title="http://amzn.to/2BJRKMp" href="http://amzn.to/2BJRKMp"><em>Memories, dreams, reflections</em></a>. New York: Vintage Books, pp. 30-32.



<a target="_blank" title="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref2" href="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref2"><sup>2</sup> </a>Nagle, Angela. <a target="_blank" title="http://amzn.to/2BJZPRh" href="http://amzn.to/2BJZPRh"><em>Kill all normies: online culture wars from 4chan and Tumblr to Trump and the alt-Right</em></a><em>.</em> Zero Books, 2017, p. 73.



<sup>3</sup> Jung, C. G. (1970). Symbols of transformation: an analysis of the prelude to a case of schizophrenia. 2nd ed. transl. by R.F.C. hull. Princeton, NJ: <em>Princeton University Press,</em> para. 461.



<a target="_blank" title="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref4" href="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref4"><sup>4</sup> </a>Jung, C. G. (1973). <a target="_blank" title="http://amzn.to/2DmFLEG" href="http://amzn.to/2DmFLEG"><em>Psychology and religion: west and east</em></a><em>.</em> Princeton, NJ: Princeton University Press, para. 129.



<a target="_blank" title="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref5" href="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref5"><sup>5</sup></a> Hollis, J. (2004). <a target="_blank" title="http://amzn.to/2BXTFkq" href="http://amzn.to/2BXTFkq"><em>Mythologems: incarnations of the invisible world</em></a>. Toronto: Inner City Books, p. 62.



<a target="_blank" title="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref6" href="http://quillette.com/2017/12/27/collision-reality-depth-psychology-can-tell-us-victimhood-culture/#_ftnref6"><sup>6</sup> </a>Antoninus, M. A., &amp; Staniforth, M. (1986). <a target="_blank" title="http://amzn.to/2DmWJDb" href="http://amzn.to/2DmWJDb"><em>Meditations</em></a><em>.</em> Harmondsworth, Middlesex: Penguin Books, p. 77.
		</div>
 
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